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Les inégalités atteignent un niveau record selon l'OCDE

par webmaster le 22-05-2015

Les inégalités atteignent un niveau record selon l’OCDE

Un rapport de l’OCDE montre que les inégalités ont atteint un point critique dans la plupart des pays membres. Au point d’affaiblir le tissu social et de compromettre la croissance économique.
21/5/15

Il y a quelques années encore, les économistes s’interrogeaient sur l’accroissement, réel ou non, des inégalités dans le monde. La question paraît désormais tranchée. Depuis 2008, la montée est évidente dans la plupart des pays de l’OCDE et elle est encore plus patente dans de nombreuses économies émergentes.

Le rapport présenté, jeudi 21 mai, par le secrétaire général de l’organisation, Angel Gurria, en présence de Marianne Thyssen, commissaire européenne à l’emploi, aux affaires sociales, aux compétences et à la mobilité des travailleurs, en apporte, une fois de plus, la preuve.
Des chiffres accablants

L’étude, intitulée « Tous concernés?: pourquoi moins d’inégalités profite à tous », concerne 19 pays de l’OCDE pour lesquels il existe des données comparables. Les chiffres sont accablants. Aujourd’hui, les 10 % les plus riches de la population ont un revenu quasiment dix fois supérieur à celui des 10 % les pauvres. La proportion était de 9 dans les années 1990 et de 7 dans les années 1980.

> Consulter?: Le rapport « Tous concernés », chiffres clés et recommandations (en anglais)

Ce phénomène de concentration est encore plus marqué lorsqu’on examine le patrimoine des foyers. En 2012, les 40 % de ménages les plus modestes possédaient 3 % de la richesse. À l’autre extrême, les 10 % les plus favorisés cumulaient 50 % du patrimoine total alors que les 1 % les plus riches en possédaient 18 %.
Un impact fort sur la croissance

Conclusion, sans appel, d’Angel Gurria?: « Nous avons atteint un point critique. Les inégalités n’ont jamais été aussi élevées depuis que nous les mesurons. Or, les données montrent que ces inégalités menacent non seulement le lien social, mais affectent aussi la croissance. Leur réduction doit être placée au cœur du débat politique. Ce n’est pas une question morale mais un problème économique. » Les auteurs de l’étude estiment que la montée des inégalités entre 1985 et 2005 aurait « coûté » 5 points de croissance en cumulé en moyenne.

Bien sûr, les pays sont inégalement touchés par le phénomène. Si les inégalités sont particulièrement marquées au Chili, au Mexique, en Turquie, aux États-Unis ou en Israël, elles le sont moins au Danemark, en Slovénie, en république slovaque ou en Norvège.

> Lire aussi?: « Tous concernés… », la fiche France

Dans ce tableau, la France occupe une position médiane. Mais le rapport note cependant que les inégalités y ont augmenté plus nettement que dans les autres pays entre 2007 et 2011 puisqu’il s’agit de la troisième hausse la plus importante. « Il s’agit d’une rupture importante avec la tendance de long terme, les inégalités étant relativement stables en France depuis les années 1980 », notent les auteurs.
Après le constat, les solutions

Pour réduire ces inégalités et stimuler une croissance plus inclusive, qui n’oublie personne, l’OCDE fait aux gouvernements toute une série de recommandations. Un des points clés tient à la réduction de l’écart entre hommes et femmes.

Le rapport souligne en effet qu’une meilleure participation des femmes au monde du travail contribue à limiter les inégalités. Or, dans les pays étudiés, les femmes ont toujours 16 % de chance de moins que les hommes à occuper un poste rémunéré et l’écart de salaire reste d’environ 15 % en faveur du sexe masculin.

> Consulter aussi?: L’outil interactif « Comparez vos revenus et décrivez votre monde idéal »

Autre défi à relever?: l’accès des jeunes à l’emploi. 40 % des moins de 25 ans occupent un emploi « atypique » et la moitié des travailleurs temporaires ont moins de 30 ans. D’une manière générale, l’OCDE invite les pays membres à améliorer la « qualité » du travail (stabilité des contrats, garanties aux salariés, dialogue social…). Le rapport note en effet que l’augmentation des personnes travaillant à temps partiel ou sous contrat à durée déterminée est un facteur aggravant des inégalités.
Une priorité européenne

« Le renforcement des investissements dans l’éducatif, la formation tout au long de la vie sont un autre moyen de briser le cercle vicieux des inégalités, ceux qui ont moins ayant moins d’éducation, donc moins de revenus », a plaidé avec véhémence Angel Gurria.

De même, le secrétaire général de l’OCDE a rappelé l’importance de la redistribution par le biais de l’impôt et des transferts sociaux. « Pour cela, nous n’avons pas besoin d’outils nouveaux. Il suffit que les plus riches et les entreprises nationales paient leur juste part due », a-t-il insisté.

Lors d’une courte intervention, la commissaire européenne, Marianne Thyssen, a réaffirmé que la lutte contre les inégalités était une priorité de son mandat. « C’est une question de justice sociale et d’efficacité économique urgente à régler si l’on veut préserver le modèle européen. »

Antoine d’Abbundo