RETOUR


Alain Hallais : Hommage à Jean Zay, panthéonisé le 27 mai 2015

par Pierre Berthet le 26-05-2015

Hommage à Jean Zay à l'occasion du transfert de ces cendres                                       au Panthéon le 27mai 2015


C'est en tant que ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-Arts que Jean Zay

accompagne le Président de la République, Albert Lebrun lors de l’inauguration de l’École

Hôtelière de Paris, le 1er octobre 1936.


Ce ministre de 37 ans a vécu un destin exceptionnel à un moment essentiel de l’histoire de

France. Nommé à ce poste dans le premier gouvernement du Front populaire par Léon Blum

du fait de sa jeunesse et de son engagement républicain,il y restera jusqu’à son engagement volontaire dans l’armée en septembre 1939.

À la tête de son ministère, il œuvre à la rénovation et à la démocratisation de l’enseignement, dont voici les motifs de son projet de loi présenté au gouvernement, le 2 mars 1937:

« L’heure paraît venue de donner aux enseignements secondaire, primaire, supérieur et

technique, le statut d’ensemble qu’ils attendent depuis de longues années et dont de

nombreuses mesures et expériences ont préparé et facilité la mise en œuvre(…)

Telle est, dans ses lignes essentielles, l’architecture de la maison que nous destinons à notre jeunesse. Elle sera claire et aérée, conforme à la raison et ouverte à la vie. La justice sociale n’exige-t-elle point que, quel que soit le point de départ, chacun puisse aller dans la direction choisie aussi loin et aussi haut que ses aptitudes le lui permettront ? »


Les résistances politiques au sein même du Front populaire et les corporatismes de la

profession empêchèrent sa présentation à l’Assemblée nationale. Mais la mort de masse de

1914-1918 et la baisse de la natalité exigeaient des mesures immédiates pour fournir les

compétences indispensables à la bonne marche du pays. Jean Zay réussit à faire avancer sa

vision d’une école unique (celle-ci ne verra vraiment le jour que bien après la fin de la seconde Guerre mondiale) par une série de décrets, d’arrêtés, de circulaires ; des expérimentations sont menées. La division entre un degré secondaire payant et réservé à la bourgeoisie, représentant 5% des enfants scolarisés, et un degré primaire gratuit, regroupant 90% de cette population (les 5% restants allant au technique) n’était plus tenable.

L’obligation scolaire passe de 13 à 14 ans (loi du 6 août 1936), l’éducation physique est

instaurée, ainsi que la médecine préventive en milieu scolaire, mise en place de cantines

scolaires et d’activités dirigées pour découvrir musées, monuments,spectacles… Un budget est alloué pour équiper les établissements en matériels nouveaux : radio, phono, cinéma…

Il s’agit de « donner à tous un accès à la culture en la distribuant selon les aptitudes

intellectuelles... » (Article de Info pédagogiques de février 1937 : Invention d’une culture

nouvelle, d’un humanisme du travail).

L’enseignement technique est intégré à l’Éducation nationale, un partage des heures est opéré entre les matières techniques et les matières générales (Arrêté du 1er janvier 1937).

Enfin, une attention particulière est portée à l’orientation, le décret-loi du 24 mai 1938 crée un réseau dense de Centres d’Orientation Professionnelle où siègent à parité éducateurs, représentants des patrons et des ouvriers.

C’est donc par petites touches que se met en place une profonde réforme d’un système qui

propose à chacun sa chance en s’appuyant sur l’ensemble des voies d’enseignement.


Jean Zay, homme de culture et esprit novateur, est à l’origine de bien d’autres créations :

CNRS, ENA, Musée de l’Homme, Musée d’Art Moderne, le 1% œuvres d’art, festival de

Cannes…

La guerre ouvre une parenthèse douloureuse, qui verra la disparition tragique de ce grand

Ministre de l’Éducation nationale dans la lignée de Jules Ferry.


Dans l’ambiance de guerre civile sévissant en France dans les années 30, Jean Zay fut

une cible permanente des milieux d’extrême-droite dans un premier temps, puis de la droite, y compris modérée. Cette ambiance est décrite en ces termes par Raymond Aron dans ses Mémoires :

« Je sentis le climat, j’entendis au cinéma des cris, « juif - juif », quand Léon Blum passait à l’écran. G. Mandel, Jean Zay, tous deux assassinés sous l’occupation, siégeaient au conseil des ministres, ils subissaient les attaques des hebdomadaires de droite et d’extrême droite, dénoncés comme bellicistes par solidarité juive plutôt que par souci de l’intérêt français. »


De par ses origines, un père athée de famille juive, une mère de culture protestante, et de par ses convictions, député radical d’Orléans et franc-maçon, Jean Zay synthétise la haine

antisémite et politique. Il représente « l'Anti- France » pour les Maurassiens : protestant-juif- franc-maçon et métèque. Et même si -et parce que- son engagement est entièrement tourné vers les valeurs républicaines les plus fortes, le régime de Vichy le poursuivra et le fera condamner pour désertion (lui qui fut un des rares élus à vouloir continuer la lutte contre le nazisme) par un tribunal militaire aux mêmes peines que le capitaine Dreyfus: dégradation et déportation perpétuelle.


C’est dans sa cellule de Riom, que le 20 juin 1944, trois miliciens commandés par Vichy

viennent chercher Jean Zay. Son corps ne sera retrouvé, caché dans un ravin à Cusset près de Vichy, que le 22 septembre 1946.Il laisse une épouse et deux petites filles.

Dans Souvenirs et solitude publié en 1946, il évoque sa condition de prisonnier :

« Le poids de la solitude s’accroît avec le soir et la nuit couleur de détresse. »


Alain Hallais, professeur d'histoire géographie au Lycée des métiers de l'hôtellerie et de la restauration de Paris Jean Drouant (2009/2015)


NB .Association des anciens élèves Promatel Paris IDF/ P.Berthet.

Le ministère de la culture et de la Communication présente une exposition autour de Jean Zay. Son action et ses réformes dans les domaines de l’éducation, des beaux-arts et de la culture sont fondatrices, et l’héritage de sa politique au service de la République est toujours d’actualité. Gratuit. Jusqu’au 14 juin, du lundi au vendredi de 8 h 30 à 20h. Au Ministère de la Culture, 3, rue de Valois, Paris ler. Métro :Palais-Royal – Musée du Louvre.