C'est l'histoire d'une réhabilitation posthume. Ce 27 mai, Jean Zay, homme politique de la IIIe République, sera accueilli en grandes pompes au Panthéon, suite à l'annonce faite par le président Hollande le 21 février 2014. Résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, cet ancien ministre sous le Front populaire est pourtant décédé dans le plus complet déshonneur. 

Ministre à 32 ans, persécuté par les antisémites

Papa journaliste et maman instit', le petit Jean né à Orléans le 6 août 1904. Brillant et érudit, il s'engage très vite en politique. Il côtoie d'abord les Jeunesses laïques et républicaines, trépigne jusqu'à sa majorité et, dès que son âge le permet, rejoint les rangs du Parti Radical. Membre de la Ligue française pour la défense des droits de l'Homme et du citoyen, il est élu à 27 ans député radical-socialiste du Loiret. En 1936, alors que son parti rejoint le Front Populaire, Léon Blum fait de Jean Zay son ministre de l'Éducation nationale. C'est l'entrée dans la cour des grands pour celui qui est âgé d'à peine 32 ans.

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Nouvelles instructions pédagogiques, développement de l'éducation physique, lancement des mesures qui conduiront ensuite à l'école unique, création du CSOS (ancêtre du CROUS, ndlr)... On doit à Jean Zay des réformes courageuses, qui inspirent certainement aujourd'hui l'actuelle ministre Najat Vallaud-Belkacem. Dans L'Obs en décembre 2014, elle écrivait à son sujet : 'Pour avoir aujourd’hui l’immense chance de lui succéder, je mesure chaque jour, dans le bureau qui fut le sien, combien son exemple éclaire encore notre présent.'

1939. La Seconde Guerre mondiale éclate et Jean Zay choisit de démissionner. D'origine juive, il devient la cible privilégiée des antisémites. Sous Vichy, le ministre de l'Information Philippe Henriot jure d'avoir sa tête. L'écrivain controversé Céline le surnomme même 'Je vous Zay'. Alors qu'il devait présider le tout premier Festival de Cannes, Jean Zay part rejoindre l'armée.

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Assassiné dans une forêt

En juin 1940, resté député malgré tout, il rejoint le Parlement en repli à Bordeaux et embarque sur Le Massilia, légalement, pour combattre au Maroc auprès des parlementaires. Mais en France, pendant ce temps, le gouvernement dit non à la résistance et donne les pleins pouvoirs à Pétain. Arrêté, Jean Zay est condamné au cours d'un semblant de procès à la réclusion à perpétuité pour 'abandon de poste'.

Le 20 juin 1944, trois miliciens viennent le chercher dans sa cellule de la prison de Riom (Auvergne). Jean Zay est dépouillé, assassiné dans une forêt de l'Allier. Son corps sera identifié près de quatre ans plus tard. Ce 27 mai, ses cendres entreront au Panthéon aux côtés de Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion au Panthéon.

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