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Cinq choses que vous ignorez, peut-être, sur la gentillesse...

par Maxime Simonneau le 08-06-2016

Cinq choses que vous ignorez (peut-être) sur la gentillesse

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        Par Caroline Piquet Mis à jour le 13/11/2015 à 10:37 Publié le 13/11/2015 à 06:00 - Le Figaro.fr

La journée internationale de la gentillesse est célébrée en France depuis 2009.

Bienfait pour le cœur, handicap pour les hommes au travail... À l'occasion de la 7e journée internationale de la gentillesse, Le Figaro.fr s'est plongé dans la littérature scientifique consacrée à ce sujet. Florilège.

Pour la septième fois, les Français sont invités à célébrer la journée internationale de la gentillesse en ce vendredi 13 novembre. L'occasion de revenir sur les spécificités de cette qualité. Études scientifiques à l'appui.

1. Le don de soi réduit les risques de dépression

La littérature scientifique le montre: le don de soi est bon pour le moral et la santé. Une étude publiée en 2001 dans le Journal of Health and Social Behavior et compilant de nombreux travaux rappelait ainsi que les personnes faisant du bénévolat étaient en meilleure santé que les autres. Moins dépressives et anxieuses que les non-bénévoles, les personnes actives auraient aussi une meilleure espérance de vie. Une étude a notamment été réalisée auprès de personnes âgées. Celles et ceux qui étaient engagés dans la vie associative ressentaient une plus grande satisfaction, avaient une plus grande volonté de vivre et une meilleure estime d'eux-mêmes.

2. La gentillesse, c'est bon pour le cœur

La gentillesse influe aussi sur notre système cardio-vasculaire, selon une étude parue en 2001 dans la revue Psychological Science. Des tests ont été réalisés sur des volontaires ayant subi une agression. Dans un premier temps, les chercheurs leur ont demandé de réfléchir à leur vengeance puis, dans un second temps, d'imaginer qu'ils pardonnaient leur agresseur. Après analyses des électrocardiogrammes et des mesures physiologiques, le résultat était limpide: les premières pensées négatives avaient entraîné une élévation de leur rythme cardiaque et de leur pression artérielle, tandis que sur la deuxième phase du test, le stress avait disparu et les indicateurs étaient pratiquement revenus à la normal. En somme, être rancunier n'est pas bon pour la santé.

3. L'altruisme entraîne l'altruisme

C'est ce que montre une étude également publiée dans la revue Psychological Science en 2010 et relayée par le site Madmoizelle: la gentillesse entraîne la gentillesse. Pour parvenir à cette conclusion, des chercheurs de l'université de Cambridge au Royaume-Uni ont montré à deux groupes d'individus des clips vidéos. Les premiers ont visionné un documentaire sur la nature, considéré comme «neutre». Les seconds ont regardé des images montrant des musiciens en train de remercier leur chef d'orchestre, censées éveiller l'empathie chez eux. À l'issue de ces visionnages, les membres du groupe 2 étaient plus enclins à aider les chercheurs. En effet, ils ont été plus nombreux à accepter de participer gratuitement à une seconde expérience que ceux du groupe 1. Même résultat lors d'une seconde expérience: ceux qui avaient regardé la vidéos des musiciens ont pris plus de temps à remplir un formulaire fastidieux que ceux du premier groupe.

4. La gentillesse n'est pas forcément payante au travail, surtout chez les hommes

Même si la gentillesse au travail contribue généralement au bien-être des salariés, cette qualité n'est pas forcément payante, au premier sens du terme. D'après des travaux américains compilant quatre études et publiés en 2011, les employés les plus désagréables gagneraient plus d'argent que leurs gentils collègues. Après avoir étudié le lien entre fiches de paie et comportements des salariés, les auteurs de cette enquête ont montré que les hommes les plus agressifs touchaient en moyenne un salaire plus élevé que les autres (+18%). Cet écart était moindre chez les femmes (5,47 %). Cette différence salariale reposerait sur des stétérotypes de sexe, selon les auteurs. «Leur comportement est conforme à ce que l'on peut attendre d'un homme. À l'inverse, les hommes plutôt gentils et agréables sont désavantagés par leur comportement qui entre en conflit avec les normes sociales sur la masculinité», expliquaient-ils.

5. La gentillesse est aussi une excellente technique d'interrogatoire

Plus surprenant, la gentillesse peut être une méthode très efficace dans les techniques d'interrogatoire. En étant plus respectueux et plus calme avec un suspect, les forces de l'ordre obtiendraient davantage d'informations qu'en usant de la violence. Et c'est une étude suédoise qui le prouve. Publiée en 2014 et repérée par Slate, elle repose notamment sur les travaux de Hanns Scharff, un officier nazi qui a dirigé de nombreux interrogatoires pour la Luftwaffe (l'aviation de la Wehrmacht) durant la Seconde Guerre mondiale. Sa technique: obtenir des informations sans avoir recours à la violence physique.

Pour parvenir à ses fins, il usait de plusieurs stratagèmes. Petites plaisanteries, repas convivial, promenades... Hanns Scharff se montrait particulièrement amical et bienveillant avec les prisonniers. Au lieu de les humilier et de les torturer, il ne les forçait jamais à parler, ce qui les mettait en confiance. L'officier allemand n'hésitait pas non plus à ruser: il leur faisait croire qu'il détenait des informations alors même qu'il cherchait à les obtenir. Ainsi expliquait-il à la personne interrogée qu'il savait déjà tout d'elle mais que sa hiérarchie exigeait qu'elle parle d'elle-même. Persuadés que les informations étaient déjà connues des services nazis, les prisonniers se livraient facilement. Reconnu pour ses méthodes innovantes, Hanns Scharff a été appelé, après la guerre, à donner des conférences aux États-Unis. Ses techniques ont été intégrées aux programmes des écoles d'interrogatoires et sont encore aujourd'hui enseignées outre-Atlantique. Son travail lui a valu le surnom de «maître de l'interrogatoire».

Sources:

(1) «Volunteer work and well-being» - Peggy A. Thoits et Lyndi N. Hewitt (2001)

(2) «Granting forgiveness or harboring grudges: Implications for Emotion, Physiology, and Health», Charlotte vanOyen Witvliet, Thomas E. Ludwig, Kelly L. Vander Laan (Mars 2001)

(3) «Elevation Leads to Altruistic Behavior», Simone Schnall, Jean Roper, Daniel M.T. Fessler (Mai 2010)

(4) «Do Nice Guys — and Gals — Really Finish Last? The Joint Effects of Sex and Agreeableness on Income» - Timothy A. Judge, Beth A. Livingston, Charlice Hurst (Août 2011)

(5) «The Scharff-technique: eliciting intelligence from human sources»- Oleszkiewicz S, Granhag PA, Montecinos SC (Octobre 2014)
D'où vient la journée internationale de la gentillesse?

Apparu en France en 2009 sous l'impulsion du magazine Psychologies, cet événement vient tout droit du Japon. L'idée est née en 1963, avec le Small Kindness Movement («Mouvement de la petite gentillesse»), après des affrontements entre policiers et étudiants à l'université de Tokyo. Pour les réconcilier, son président les avait rassemblés autour d'initiatives placées sous le signe de la... gentillesse! En 1997, le mouvement est devenu mondial et compte désormais plus de 25 pays membres dans le monde, parmi lesquels l'Australie, le Canada, les États-Unis, la France, l'Italie, le Royaume-Uni ou encore les Pays-Bas. Il est présidé par un «comité international» dont les membres issus de différents pays sont élus tous les deux ans. La première antenne française de ce mouvement mondial a été créée cet été à Avignon.

 
Caroline Piquet