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Hugo, Napoléon, Chanel...des mots pour rire et pour mourir

par webmaster le 27-06-2017

Hugo, Napoléon, Chanel...des mots pour rire et pour mourir

Coco Chanel, Napoléon Bonaparte et Victor Hugo.


Ce livre n'est autre que le testament des 200 personnages parmi les plus marquants de l'histoire. Dans ces quelques pages, Catherine Guennec livre et décrypte avec talent leurs derniers aveux.

Entre ouvrage d'archives, recueil de témoignages ou même anthologie de poésies, Les mots de la fin (L'Opportun) fait partie de ces œuvres quasi-inclassables, ayant su se saisir avec adresse d'un sujet aussi original que solennel.

Catherine Guennec embarque ses lecteurs dans un voyage à travers le temps et les méandres du cœur humain. Son livre exhibe tous les caractères et dépeint l'humanité sous ses traits les plus antagonistes. Nostalgie, humour, apaisement, angoisse, orgueil, délire ou désillusion, autant d'émotions étrangement dissemblables qui habitent les derniers instants de ces êtres qu'un même événement réunit pourtant: l'ultime face à face, à la vie-à la mort.

Chaque page dévoile une nouvelle intrigue, un nouveau personnage, un nouveau décor tout à fait singulier.

Ces Ultima verba revêtent alors un goût d'éternité, ressuscitent les âmes de ces éminents personnages réunis pêle-mêle au sein de ces quelques pages. Dernières paroles souvent répétées, déformées, amplifiées, inventées et théâtralisées, elles dévoilent pourtant avec une étonnante justesse ce quelque chose d'ineffable qui habite ceux à qui on les prête… L'auteur les enrichit avec esprit d'une courte contextualisation, de nuances concernant leur authenticité, et d'anecdotes pimentées qui donnent du rythme à l'ouvrage et attisent la curiosité.

«Je vois de la lumière noire»

On y découvre l'arrogance d'un Marx moribond, répondant à sa femme de chambre qui lui propose de noter ses dernières paroles: «Dehors! Les derniers mots sont pour les imbéciles qui n'ont rien dit de leur vivant! On y retrouve aussi l'humble discrétion d'une Marie-Antoinette qui, montant sur l'échafaud, s'excuse auprès de son bourreau pour lui avoir marché sur le pied. On y admire l'allure d'une Coco Chanel qui, maîtresse de style jusqu'en sa dernière heure, professe avant de s'éteindre sur son lit: «c'est comme ça que l'on meurt». On y contemple aussi l'éloquence funèbre d'un Victor Hugo, à qui on prête entre autres cette célèbre sentence: «c'est le combat du jour et de la nuit… je vois de la lumière noire».

Le plus fascinant sans doute, c'est d'y rencontrer la passion obsessionnelle de certains pour l'activité à laquelle ils ont voué leur vie. «J'espère de tout mon cœur que l'on peut peindre au ciel», souffle avant de mourir Jean Baptiste Corot ; «…Il faut, vois-tu, secouer doucement la casserole.», explique le pâtissier et chef Antonin Carême à son élève avant de s'en aller ; «N'est-ce pas que nous n'avons pas été lâches à Sedan?», se serait encore inquiété Napoléon III…

On s'émeut devant la folie d'Honoré de Balzac, qui, dans un ultime élan de délire panique, se serait écrié: «Appelez Bianchon! Seul Bianchon peut me sauver!»…Bianchon n'étant autre qu'une invention de l'auteur lui-même, le célèbre médecin de La Comédie humaine.

«On n'y croit pas trop, non?», ironise Catherine Guennec dans son avant-propos ; Tant pis, ou tant mieux. En ouvrant ces pages, on accepte le pacte: ne pas s'attendre à démêler le vrai du faux, mais à pénétrer dans un monde qui n'est ni celui des morts, ni celui des vivants. Ce monde où se côtoient les grands et les petits, les vainqueurs et les vaincus, les bavards et les plus silencieux. Ce monde des dernières paroles, qui met à nu l'humanité en ce qu'elle a de plus fragile, et peut être aussi de plus désarçonnant.