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Faut-il rendre les pourboires obligatoires en France ?

par Pierre Berthet le 19-08-2017

Faut-il rendre les pourboires obligatoires en France ?

Même si 96% des Français assurent laisser des pourboires pendant les vacances, ces extras semblent se faire de plus en plus rares sur les tables des cafés et des restaurants. Pour y remédier, les professionnels réfléchissent actuellement à un système différent. Selon une étude réalisée par l'agence de voyages Direct ours, 96% des Français déclarent que le pourboire est un réflexe en vacances. Toutefois, les pourboires semblent de plus en plus maigres sur les tables des cafés et des restaurants français. Ce qui inquiète l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (Umih).

«Nous n'avons pas de chiffres précis mais nous faisons le constat d'une raréfaction des pourboires», déplore Hervé Becam, son vice-président. En France, les prix s'entendent taxes et service compris - soit environ 15 % du prix total - mais il est coutume de laisser un pourboire en plus de l'addition. Hervé Becam explique qu'avec le développement du paiement par carte de crédit, les clients ont de moins en moins d'espèces sur eux. De plus, «lorsque les consommateurs sont satisfaits du service rendu, ils préfèrent laisser des commentaires positifs sur des sites comme Tripadvisor plutôt que de laisser un pourboire», détaille-t-il.

Trouver un système différent

Face à ce constat, l'Umih souhaite inciter à un retour du pourboire et envisage de faire une proposition aux députés. «Des réflexions sont actuellement en cours. On essaie de trouver un système différent en regardant ce qui se fait ailleurs. Et si nécessaire, il faudra modifier la loi», poursuit Hervé Becam.

Il n'est toutefois pas question - du moins pour le moment - de rendre le pourboire obligatoire, comme c'est le cas dans les pays anglo-saxons où il faut généralement verser entre 15 % et 20% de l'addition en plus (le fameux système des «tips»). «Il n'a jamais été dans notre intention de rendre les choses obligatoires», abonde Hervé Becam. Avant de poursuivre: «On travaille sur la manière d'initier un cercle vertueux pour nos salariés». L'Umih explique notamment qu'actuellement, le pourboire ne bénéficie qu'aux salariés en contact direct avec la clientèle, c'est à dire les serveurs. Le syndicat souhaite étendre le système pour qu'il puisse également profiter aux cuisiniers, aux femmes de ménage et aux réceptionnistes.

Et si le pourboire devenait (vraiment) obligatoire?

Même s'il n'en est pour le moment pas question, l'éventualité d'un pourboire obligatoire dans l'Hexagone semble ne pas séduire, aussi bien les serveurs que les clients. «Les pourboires représentent à peu près un huitième de mon salaire donc c'est quelque chose de très important mais je ne pense pas qu'il faut que cela devienne une obligation», estime Antoine, serveur à Paris. Il poursuit: «Je pense qu'il faut éduquer les gens à en laisser, si le service est de qualité bien entendu, et qu'il faut aussi penser aux serveurs qui travaillent dur de longues heures sans pause, toujours debout, pour des salaires souvent minables».

Même son de cloche pour Benoit, lui aussi serveur à Paris. «Pour moi le pourboire est un bonus, une sorte de jeu que l'on joue avec le client», estime-t-il. «Le rendre obligatoire enlèverait le charme du geste. Je préfère que quelqu'un me laisse un pourboire parce qu'il a apprécié le service et ma compagnie», conclut-il.

Quant à Philippe, qui a dernièrement vécu aux États-Unis et au Canada, il trouve ce système tout simplement «horrible». «On t'amène la facture avec une ligne dans laquelle tu dois remplir à la main le montant que tu veux donner. C'est très bizarre», explique-t-il. «Mais c'est vrai que ces pourboires contribuent à payer en grande partie les serveurs, notamment les jobs étudiants», nuance-t-il.

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