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Le public de l'apprentissage évolue

par Pierre Berthet le 29-11-2017

« Le public de l’apprentissage évolue »

Dans un entretien au « Monde », Marie-Hélène Toutin, chargée d’études au Céreq, explique les impacts différenciés de l’apprentissage sur l’insertion professionnelle.

LE MONDE ECONOMIE |

| Propos recueillis par

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« Dans les années 1990, l’apprentissage se faisait à 90 % au niveau du CAP ; il n’y en avait pas dans le supérieur. En 2015, c’est 40 % de CAP et 35 % dans le supérieur. » (Dans une boulangerie, à Paris).

Marie-Hélène Toutin est chargée d’études au Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Céreq).

Le gouvernement annonce une « révolution copernicienne » de l’apprentissage. Qu’en pensez-vous ?

Marie-Hélène Toutin.- Pourquoi pas, mais à condition de ne pas oublier que, pour les niveaux CAP et bac, l’apprentissage doit assurer la formation du socle de compétences, les connaissances de base qui permettent à l’individu de se développer et d’apprendre à apprendre. J’attends de voir si cette « révolution copernicienne » est susceptible de réduire le taux de rupture d’apprentissage, qui reste élevé (autour de 22 %), surtout dans l’hôtellerie-restauration, où il atteint 30 %.

L’apprentissage favorise-t-il toujours l’insertion professionnelle ?

La réponse est ni oui ni non, car l’apprentissage regroupe maintenant des individus aux profils hétérogènes. Dans les années 1990, l’apprentissage se faisait à 90 % au niveau du CAP ; il n’y en avait pas dans le supérieur. En 2015, c’est 40 % de CAP et 35 % dans le supérieur. Le public de l’apprentissage évolue et les logiques de recours à l’apprentissage ne sont pas les mêmes au niveau CAP, au niveau bac et au-delà. Alors qu’au niveau CAP et bac, l’apprentissage prépare l’accès à un premier niveau de qualification reconnu sur le marché du travail, au niveau supérieur, c’est une spécialisation qui s’appuie sur un socle de connaissances.

Les logiques de recrutement par les entreprises ne sont pas les mêmes non plus. On assiste à une augmentation générale du niveau de qualification et, si l’entreprise peut recruter un BTS pour un poste de bac professionnel, cela peut générer une dynamique de déclassement. L’apprentissage n’est pas la solution, mais c’est incontestablement un axe de progrès pour faire le lien entre formation et emploi, à condition que tout le monde s’y mette : l’éducation nationale, l’entreprise et la famille.


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