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Langue française. Connaissez-vous ces expressions vieillottes ?

par webmaster le 12-04-2018

Connaissez-vous ces expressions vieillottes ?

EXPRESSION POPULAIRE - «Yoyoter de la touffe», «sucer la pomme»... Les formules de nos aïeux sont toujours d'actualité. Les connaissez-vous ? Le Figaro vous propose de les redécouvrir.

Mazette! Elles sont peut-être centenaires ou millénaires, mais elles n'ont rien perdu de leur fraîcheur. Les formules de nos arrière-grands-mères, et même de nos ancêtres sont en effet bien d'actualité pour décrire notre quotidien. Que penser, par exemple, de la formule «prendre la mouche» née au XVIIe siècle? de la locution «de fil en aiguille» déjà courante au XIIIe siècle dans Le Roman de la rose? Non, non. Assurément, ces formules d'hier n'ont pas dit leur dernier mot. Le Figaro exhume cinq d'entre elles.

? Sucer la pomme

Quand il est question de «suçade», le dictionnaire est intarissable. Qu'il s'agisse d'un tiers qui vous «suce jusqu'à l'os», c'est-à-dire qui «vous ruine complètement» ou d'un cycliste qui «suce la roue» pour ne pas se laisser distancer. Tout -ou presque- est possible. Et il n'est pas toujours besoin de partenaire pour ce faire! Celui qui «suce quelque chose de son pouce», par exemple, «invente quelque chose». Et il peut le créer dans son coin. Seul.


Ce qui ne sera jamais le cas de celui qui «suce la pomme». Née au XIXe siècle dans le langage populaire, l'expression se fait en effet toujours à deux. Elle caractérise, souvent de manière négative et ironique, des tourtereaux qui «s'embrassent, se bécotent» et même, note Claude Duneton dans son livre La puce à l'oreille, «des amoureux qui n'arrêtent pas de se lécher». Le visage, évidemment.

? Écrire un poulet

Pas question de volatile sous la plume de celui qui l'écrira. Combien même, son destinataire voudrait l'envoyer à sa «poule»! Car au XVIIe siècle, lorsque le soupirant «écrit un poulet», il ne rédige pas une lettre familière, il confie ses sentiments dans un billet galant. Une acception que l'on retrouva par exemple chez Molière dans L'École des maris et chez le lexicographe Furetière: «Poulet signifie aussi un petit billet amoureux qu'on envoye aux Dames galantes, ainsi nommé, parce qu'en le pliant on y faisait deux pointes qui représentaient les ailes d'un poulet. Autrefois les prudes faisaient grand scrupule de recevoir des poulets, maintenant elles en ont de pleines cassettes.»

Prudence toutefois sur l'anecdote. Comme le note Georges Planelles dans son livre Les 1001 expressions préférées des Français, la formule existait déjà au XVIe siècle. D'aucuns font ainsi remonter l'expression aux coursiers, qui «chargés de remettre le billet doux au destinataire, portaient des poulets sous prétexte de les vendre».

?Faire une belle jambe

N'allez pas croire qu'il se cache derrière cette expression, l'œil coquin du mâle croquant le galbe des femmes d'antan. Car c'étaient en réalité les jambes des hommes que l'on zieutait dans leurs chausses. En effet, raconte Claude Duneton dans son livre La puce à l'oreille, dès lors que la mode masculine troqua la robe pour le haut-de-chausses au XVe siècle, les genoux et les cuisses de ces messieurs devinrent l'objet de toutes les attentions.

Au XVIIe siècle, la mode du collant devint telle, que les coquets décidèrent d'enjoliver leurs bas de jolis rubans. «Faire la belle jambe» signifiait alors «faire le beau», «se pavaner». Mais attention! Il n'était pas à la portée de n'importe quel homme d'afficher de beaux mollets. Ces derniers se devaient d'être naturels pour être beau. C'est ainsi, rapporte Furetière, que l'on dit à ceux qui essayaient de faire la belle jambe que «cela ne leur rendra pas la jambe mieux faite» . Comprenez: «cela ne servait à rien». Une signification qui est restée depuis lors.

? Mener une vie de patachon

À ne pas confondre avec le mot «mollasson». Le patachon est né au XIXe siècle, avec un nouveau moyen de transport appelé «une patache». Il était le conducteur de ce que l'on décrivait comme «une sorte de vieille guimbarde sans ressorts, bâchée, inconfortable, qui servait de diligence aux pauvres et aux régions peu huppées», écrit Claude Duneton.

Toujours sur la route, «buvant à toutes les tavernes», le patachon menait donc une vie dissolue, faite de boisson et de pauvreté. Une explication qui tient toujours pour définition de celui qui «mène une vie de patachon».

? Yoyoter de la touffe

N'allez pas voir dans cette formule, une signification érotique. «Yoyoter de la touffe» signifie tout simplement «déraisonner», «divaguer» et «perdre la tête». La formule est très récente, indique Le Trésor de la langue française. Elle est née d'un assemblage de deux mots: du verbe «Yoyoter», remis à la mode avec le jeu du «yoyo» au XXe siècle et du mot «touffe», qui désignait dans l'argot du XIXe siècle, la «tête» comme les termes «toiture» et «mansarde».

D'aucuns pensèrent que ceux qui jouaient au jeu du yoyo devaient être dérangés, raconte Georges Planelles. C'est ainsi, par vases communicants, que le verbe «yoyoter» associé au mot «touffe», devint l'expression de la déraison.

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Alice Develey