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Ces noms de métiers que nous avons oubliés

par webmaster le 03-09-2018

Ces noms de métiers que nous avons oubliés

1/2 - Ils se nommaient «marmitons», «chambellans» ou «chiffonniers», mais ont disparu avec le temps et les nouvelles technologies. Connaissez-vous ces métiers qui peuplaient encore les rues de France il y a quelques décennies ?

Ce sont des noms de métiers que les moins de 70 ans ne peuvent pas connaître. Des activités, des gagne-pain, des turbins, que le progrès a tués. Ou plutôt remplacés. Tombés dans les toilettes de l'Histoire à cause de la technologie, ces emplois d'un autre temps ont pu, parfois renaître, sous d'autres noms. Se métamorphoser avec leurs objets et ainsi supplanter des expressions que le monde d'aujourd'hui a oubliées. Retour vers le futur!

? L'allumeur de réverbères, du fouet à la baguette d’Harry Potter  À ne pas confondre avec son équivalent féminin, «l'allumeuse» qui était «la prostituée» au XIXe siècle, l'allumeur fut le métier de celui qui «allumait les réverbères». Autrement appelé falotier, du grec byzantin phalos, «torche, lanterne», l'allumeur doit, comme son nom l'indique, son appellation au verbe «allumer», du latin luminaire «éclairer», lui-même dérivé de lumen «lumière».

Un dernier sens remis au goût du jour par une certaine J.K. Rowling. Les fans de Harry Potter se souviendront sûrement de la formule magique «Lumos maxima». Une incantation, toute droite sortie des grimoires latins, qui permet d'éclairer l'endroit où l'on se trouve.  Aujourd'hui disparus -depuis l'apparition de l'éclairage électrique au XIXe siècle- les hommes du noir laissent pour unique trace de leur passage, le mot réverbère. Un terme issu latin reverbera «baguette, fouet», «coup, choc».

? Le marmiton, cachait bien son jeu  Le site de référence pour les recettes de cuisine n'a rien inventé. Car n'imaginons pas un instant que ce nom soit sorti de la cuisse de Jupiter, ou ici en l'occurrence, de la cuisse d'un poulet! Dérivé de l'ancien français marmite, mar. (chat) et mite (élément onomatopéique) le mot «marmite» désignait à l'origine, au XIIIe siècle, «l'hypocrite». Le Trésor de la langue française rappelle succinctement son évolution sémantique: «La marmite, profonde et fermée par un couvercle, cache son contenu aux curieux». Comme celui qui cachait bien son jeu. C'est ainsi qu'on utilisa ce mot pour désigner le fameux grand récipient.

Le mot marmiton attesté dès l'année 1523, caractérisait le «jeune aide de cuisine». Un sens qu'il n'a plus quitté. Aujourd'hui, on utilisera toutefois les locutions «apprentis cuisiniers» et «commis de cuisine».

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? Le chambellan, dormait au pied du lit du Roi  Mieux valait être grand que petit en son temps. Le «grand chambellan» était en effet le «chargé du service de la chambre du roi ou de l'empereur, le plus élevé en dignité des chambellans». Un prestige pour celui qui couchait au pied du lit de sa majesté, quand la reine n'y était pas!

De l'ancien bas francique kamerling «personnage préposé au service de la Chambre», dont le radical est emprunté au latin camera (chambre), le mot s'employa tout d'abord sous les formes cambrelenc, chamberlent et chamberlans au XIIe siècle. Il désignait le «gentilhomme de la cour qui assurait le service de la chambre d'un prince». Un titre que le cinéma représenta par exemple dans La Folie des grandeurs, de Gérard Oury.

Le chambellan fut également employé sous d'autres noms. On le retrouva ainsi sous le mot de «camérier», du latin médiéval camerarius, «chambrier» pour désigner le «domestique attaché à une personne de haut rang» ; de «valet», du latin vassus «vassal» et «domestique», de l'ancien français domesche, «apprivoisé, cultivé». De nos jours, on emploiera davantage les termes «gouvernant» et «personnel».

? Le chiffonnier, venu tout droit de la Chine

Il pouvait être un «petit meuble à tiroirs superposés dans lequel on range de menus objets» et une «personne qui fait le commerce de vieux chiffons, de vieux objets, achetés ou ramassés dans les rues». Le chiffonnier doit son nom au mot «chiffon», lui-même issu de «chiffe», du moyen anglais chip «petit morceau» et plus précisément «petit morceau de bois».

Tombé en désuétude, le mot peut être aujourd'hui remplacé par: le «brocanteur», probablement du néerlandais brok «morceau, fragment»; le «ferrailleur», du latin classique ferrum «fer; épée, objet en fer; chaînes»; le «chineur», un terme dérivé du nom de la Chine, indique Le Trésor de la langue française.

? Le cocher, des reines et des femelles

Les taxis et Uber n'ont rien à leur envier. Deux, quatre ou six chevaux, sièges inconfortables, nids-de-poule... Non, les conducteurs d'hier, dits cochers, n'avaient pas la conduite facile. Mais certains étaient tout de même mieux lotis que d'autres! Pensons par exemple au «cocher du corps» qui «conduisait le carrosse du roi, de la reine, du dauphin».

Dérivé du terme coche «chariot couvert», le nom cocher peut aujourd'hui se retrouver sous les formes «conducteur» ou «voiturier». À noter que le substantif masculin possède deux homonymes. Les verbes «cocher» dans le sens de «faire une coche, une entaille» et «couvrir la femelle».

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Bonus: Le poinçonneur, des Lilas aux machines

Petite exception à cette courte liste des métiers oubliés, celui de «poinçonneur». Le métier chanté par Serge Gainsbourg dans son titre Le Poinçonneur des Lilas, (1959) disparut dans les années 1970 avec l'apparition des bornes automatiques, permettant de composter soi-même les titres de transport. Dérivé du latin populaire punctiare «piquer», le mot fit son entrée en 1878 sous la forme «poinçonneuse», pour caractériser une «machine-outil pour perforer». Ce n'est qu'à partir de l'année 1895 que le mot désigna celui qui poinçonne. On emploie aujourd'hui le mot «agent» ou «contrôleur». 

Alice Develey