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Maître d'apprentissage, tuteur : pas si simple

par webmaster le 28-01-2019

Maître d'apprentissage, tuteur : pas si simple

Vie professionnelle - lundi 28 janvier 2019 15:30 - L'Hôtellerie - restauration

Accompagner les jeunes dans l'apprentissage demande, au-delà du Permis de former et de l'investissement personnel, une logique d'entreprise.




© Thinkstock



Après deux ans de travail et de négociations entre partenaires sociaux, la profession obtenait en 2013 la mise en place du Permis de former. L’outil avait deux objectifs : la montée en qualité de la formation par l’alternance et réduire les ruptures de contrats. Cette formation obligatoire destinée aux tuteurs et maîtres d’apprentissage qui encadrent les alternants comprend aujourd’hui deux modules : une formation initiale de 14 heures et une mise à jour de 7 heures tous les 4 ans. Le rôle joué par le tuteur ou le maître d’apprentissage est effectivement essentiel mais en a-t-il conscience ? Jean-Luc Ploquin-Morell, chef de travaux à l’EPM, intervient depuis plusieurs auprès des candidats au Permis de former. « Certains s’engagent dans cette voie par nécessité, d’autres par goût et ils viennent d’horizons très différents. Pour moi, je pense que le bilan est positif. Les gens sont dans l’échange, ils s’interrogent sur le cadre légal , les nouvelles générations de professionnels font bouger les choses dans le bon sens et j'ajouterais que la réforme de l'apprentissage entamée l'an dernier est bien perçue. » Et même s’il existe encore des réticences sur l'idée de se former pour prendre un alternant, ce n’est pas la durée de la formation qui pose problème, mais le manque de temps à consacrer au jeune sur le terrain. « C’est quelque chose de récurrent. La plupart regrette de ne pas avoir assez de temps à consacrer aux jeunes. » 27% des professionnels qui ne prennent plus d’apprentis évoquent d’ailleurs cette raison, 43% des professionnels qui n’ont jamais pris d’apprenti l’évoquent également*.  Une formatrice d’un autre grand CFA francilien pointe également du doigt le niveau d’exigence des entreprises, en décalage avec la réalité. « Ils attendent des jeunes qu’ils soient opérationnels. Or ce n’est pas possible. Rares, par exemple, sont les bacheliers qui parlent couramment l’anglais. Le jeune est à pour avancer et le tuteur ou le maître d'apprentissage pour l'aider, tout comme l'école. Même en anglais, c'est en travaillant dans l’entreprise, au contact de la clientèle, qu’il va pouvoir s’améliorer. » Celle-ci soulève encore ces points qui freinent la bonne mise en oeuvre de l'apprentissage : « Vous avez des entreprises qui veulent un jeune qui soit sur le format 2 jours en école et 3 en entreprise, d’autres préfèrent le rythme 15 jours/15 jours. Ajoutez à cela la diversités des besoins, des âges et des diplômes… ». Etre tuteur ou maître d’apprentissage dans un grand groupe est « moins compliqué » aux yeux de certains, grâce aux ressources humaines qui cadrent, définissent, formalisent et permettent l’instauration d’un fil conducteur. L’apprenant et le tuteur, ou maître d’apprentissage, savent vers quoi ils tendent, quel que soit le métier, avec toutefois le risque de voir des tuteurs ou maîtres d’apprentissage « déléguer à d’autres personnes le soin d’accompagner l’apprenti ». La notion de manque de temps revient une fois de plus. Le processus se complique davantage dans les petites entreprises, avec des personnes qui se retrouvent à tout devoir gérer « pédagogie, quotidien professionnel, risques inhérent au poste, compréhension de l’entreprise et capacité du jeune à intégrer le monde professionnel » souligne un indépendant. Une certitude, comme le constate l’enquête BVA Fafih, sur l'attractivité du secteur : l’abandon de la formation (cursus scolaire ou professionnel) est très fortement lié à une expérience douloureuse au monde de l’entreprise. Et cette autre certitude : l’apprenant doit resté un apprenant.

#Apprentissage #MaitreDapprentissage #tuteur #formation

*Etude L'Hôtellerie-Restauration/chdexpert 2018 sur l'apprentissage


Sylvie Soubes