Capitale majestueuse à l’ossature haussmannienne, Paris s’apparente à un défi pour les architectes du XXIe siècle qui doivent la moderniser et la verdir. Encouragée par l’Hôtel de Ville, qui multiplie les appels à projets («Réinventer Paris», «Paris ­Climat Energie»…), une nouvelle génération imagine des projets pour rhabiller la ville dans les prochaines décennies.

Le plus lumineux : Etoile Voltaire

co_palatre_architectes_atelier_roberta.jpg

[© O. Palatre Architectes / Atelier Roberta]

Le bâtiment, construit en 1908 par l’architecte Paul Friesé, fauché par la Grande Guerre, fut la sous-station électrique de l’avenue Parmentier. D’ici la fin 2018, il deviendra, repensé par le cabinet Olivier Palatre, Etoile Voltaire, un établissement cinéphile et gourmand. On pourra ainsi s’installer dans l’un des 500 fauteuils disséminés dans cinq salles, pour profiter d’une programmation mixant œuvres griffées art et essai et nouveautés populaires. La Société des réalisateurs français, qui regroupe des cinéastes ­professionnels, y organisera des conférences. Quant au toit-terrasse verdoyant, il sera occupé par la table du chef étoilé Thierry Marx.

Cinéma Etoile Voltaire, 14, avenue Parmentier (11e).


Le plus vivant : Oxygen La Défense

cs_malka_architecte_archirendering.jpg

[© S. Malka Architecte Archirendering]

Avec ses 160 000 salariés qui viennent chaque jour y travailler, ses 160 hectares où se dressent 70 tours de verre, la Défense est abonnée aux superlatifs. Plus vaste quartier d’affaires européen, il a pourtant souffert de critiques sur son architecture impersonnelle et minérale, assimilé à un labyrinthe froid où le salarié se fraye péniblement un chemin. Un défaut que compte corriger l’architecte Stéphane Malka, qui a imaginé une bulle vivante et verte, faite d’un jardin-terrasse de 1 000 m2, d’espaces de coworking chaleureux, de bars à cocktails et de restaurants (la pizzeria Louie Louie ou une antenne Bioburger). C’est en ­exploitant les sous-sols, onze cavernes de béton jamais utilisées qui représentent 40 000 m2, que la Défense ­changera de visage, dans un an.

Projet Oxygen, la Défense (92).


Le plus gourmand : Réalimenter Masséna

cdgt_architects.jpg

[© DGT Architects]

Fenêtres condamnées, aspect défraîchi : la gare Masséna, à deux pas de la bibliothèque François-Mitterrand, est jusque-là restée désaffectée.?A partir de 2019, pourtant, elle prendra sa revanche.?Sous la houlette de l’architecte Lina Ghotmeh, le bâtiment, construit en 1863, sera transformé en une tour de 50 m de haut, rassemblant bureaux, logements, bar et espaces pour cultiver fruits, légumes et plantes aromatiques.?Le but ??Mettre l’accent sur l’alimentation locale, «de la fourche à la fourchette».?Ainsi, à Masséna, on pourra jardiner, puis cuisiner sa récolte avant de déguster le tout entre amis.?Non loin, une faune d’ingénieurs de start-up sera présente, sortant de la halle Freyssinet, le plus grand incubateur numérique au monde que l’industriel Xavier Niel prévoit d’ouvrir en 2017.

Projet Réalimenter Masséna, 1, rue Regnault (13e).


Le plus novateur : Pershing

csou_fujimoto_architects_manal_rachdi_oxo_moz_cie_de_phalsbourg_ogic.jpg

[Sou Fujimoto Architects]

L’avenue Pershing, qui surplombe le périphérique et se situe à deux de l’imposant Palais des Congrès, abrite aujourd’hui un parking sans âme et une gare routière. Mais, d’ici quelques années, elle pourrait changer d’allure selon les envies d’une association de plusieurs architectes, dont la star française du design Philippe Starck. C’est un immense «immeuble-pont», tout en verdures, qui devrait surgir de cet espace que traversent les salariés de La Défense chaque jour.

Projet Pershing, 16/24, avenue Pershing (17e).


Le plus écolo : Paris Smart City 2050

cvincent_callebaut_architectures.jpg

[© Vincent Callebaut Architectures]

«Rien ne s’est fait de grand qui ne soit une espérance exagérée», a écrit Jules Verne. Un aphorisme maximaliste suivi à la lettre par l’architecte belge Vincent Callebaut, 38 ans, admirateur de l’auteur du 'Tour du monde en quatre-vingts jours' (1873). Tours végétalisées monumentales, bâtiments alvéolés de verdure, lignes gracieusement courbées…?Il a enveloppé d’une esthétique futuriste huit projets grandiloquents, destinés à réduire de 75 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050 dans la capitale.

Selon les dessins de l’architecte, qui demeurent à ce jour des prototypes, Paris se métamorphoserait en temple écologique.?Des édifices dépolluants le long de la Petite Ceinture aux ponts paysages magistraux qui enjambent la Seine, des buildings à énergies renouvelables de la rue de Rivoli aux fermes verticales pour protéger la biodiversité à la Porte d’Aubervilliers, les projets impressionnent, tant par leur puissance visuelle que par leur démesure très science-fiction. Mais ils ouvrent le champ des possibles et soulignent la noble volonté de Paris de repenser sa structure vers un idéal plus écologique.

Projet Paris Smart City 2050 (75).