RETOUR


Les expressions à bannir au bureau : On se fait un petit point ?

par Pierre Berthet le 09-05-2017

Les expressions à bannir au bureau : «On se fait un petit point ?»

  • Par
  • Mis à jour
  • Publié
Crédit: Studio Figaro. (DR).

LE BUREAULOGUE - Quentin Périnel, journaliste et chroniqueur au Figaro, décrypte un mot ou une expression grotesque que nous prononçons au bureau et qu'il faut éradiquer de notre vocabulaire.

Crédit: Studio Figaro. (DR).


Jeudi matin. À deux pas des bureaux du Figaro, sur le boulevard Haussmann, un cadre supérieur d'apparence, costumé, parle avec énergie dans son iPhone. Je n'ai eu droit qu'à la fin de la discussion: «OK Éric, ça roule. Tu m'envoies un petit mail et on se fait un petit point demain en fin de journée». Bingo! J'ai hésité longuement pour titrer cette chronique: le petit mail ou le petit point? Finalement peu importe. Ce qui compte, c'est l'obsession que nous avons d'utiliser l'adjectif «petit» pour parler de tout et n'importe quoi. La petite réunion. Le petit briefing. La petite correction. La petite erreur. Le petit coup de téléphone. Très souvent, tous ces petits cachent des gros. Cette omniprésence linguistique n'est pas anodine. La vie de bureau, à l'heure du numérique et de l'immédiateté, est stressante. Oppressante. Parfois hostile. L'adjectif «petit» est là pour adoucir, appaiser. Il est plein de bienveillance.

À chaque «petite» phrase, il permet de minimiser les propos! Il permet de rassurer celui à qui l'on s'adresse. Et pourtant, Dieu sait que la réalité est toute autre. Démonstration. Lorsqu'un collègue vient vous voir à votre bureau avec un grand sourire - chose déjà inhabituelle - et vous aborde en vous disant, sur la défensive: «Dis-moi, tu pourrais peut-être me rendre un petit service...» Soyons honnêtes. Les choses sont claires pour lui comme pour vous. Ce «petit» service n'a rien de «petit», sinon, plutôt que d'utiliser cette expression, votre interlocuteur vous aurait dit explicitement de quoi il s'agit! Il s'agit à l'évidence d'un «gros» service, pénible et ingrat. Et pourtant... «Pas de souci», allez-vous peut-être répondre sur un ton faussement conciliant, cette expression - que j'ai déjà évoquée dans une précédent chronique - traduisant justement qu'il y a un souci, mais que l'on préfère ignorer, par flemme de discuter!

Nous autres Français adorons dire quelque chose tout en pensant le contraire! Parfois, il est possible qu'un «petit verre» après le boulot se transforme en pot colossal jusqu'à une heure avancée de la nuit! Nous maîtrisons la rhétorique et ses figures d'atténuation. Malheureusement, je ne saurais jamais combien de temps a duré le fameux «petit point» de l'individu croisé boulevard Haussmann. Je ne saurais jamais non plus la longueur réelle ni la nature du fameux «petit mail». Mais je ne suis pas dupe. Et j'imagine que vous ne l'êtes pas non plus...

Pour le bien de cette chronique, continuez à me soumettre les horreurs que vous entendez autour de vous. Je vous répondrai à @quentinperinel sur Twitter et qperinel@lefigaro.fr par mail.