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Cinq expressions à ressusciter de toute ugence

par webmaster le 10-06-2019

Cinq expressions ressusciter toute urgence

  • Par  Claire Conruyt  Le Figaro - Mis à jour le 09/06/2019 à 10:03
  • Publié le 09/06/2019 à 07:00

EXPRESSIONS - «Faire un trou à la lune», «qui embrasse trop mal étreint»... La langue française comporte de multiples formules au charme infini. Le Figaro vous propose, grâce à l’ouvrage Les expressions et proverbes disparus de Pierre Larousse, des (Re) découvrir.

À l’heure où les anglicismes grignotent peu à peu le territoire de la langue française, sans doute est-il de bon ton de rendre hommage aux jolies formules que le temps menace d’effacer. Nous ne sommes plus surpris d’entendre une personne lâcher, à la fin d’un bon repas: «Ah, c’était délicieux! Je suis complètement full!» Comprendre: «Je suis repu!» Pour éviter le franglais, pourquoi ne pas avoir recours à cette formidable expression: «Manger à ventre déboutonné». Voilà une image qui a du piquant! Florilège.

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? Faire un trou à la lune  L’expression s’emploie dans un cas de figure bien particulier. Imaginez: vous acceptez, généreux que vous êtes, de prendre en charge le dossier de votre collègue. Il vous a supplié. Il n’a pas le temps, vous êtes son seul espoir, promis il vous revaudra ça. Alors, vous avez craqué. Mais, le prévenez-vous, il vous en doit une! Ce jour arrive. Vous lui demandez à votre tour un service. Bien obligé de vous dire «oui», il s’y attelle. Vous attendez. Longtemps. Rien n’arrive. Il vous a oublié. Agacé, vous vous rendez à son bureau pour prendre des nouvelles. Il vous voit, se lève et prend un appel. On peut dire qu’il «fait un trou à la lune». À l’origine, l’expression signifie «s’en aller furtivement et sans payer ses créanciers», lit-on dans Les expressions et proverbes disparus de Pierre Larousse. «En trouant la lune, on peut s’enfuir à la faveur de l’obscurité.» La formule, attestée jusqu’au XIXe siècle, a par extension intégré l’idée de banqueroute.

? Entendre bien chat sans dire minon  Depuis la fin du XIVe siècle, le mot «minon», «mynon» signifie «chat». Des «minons» pouvaient également désigner les «chatons du noyer, du noisetier, du saule, etc.», précise Le Trésor de la langue française. «Ces fleurs ont été ainsi nommées parce qu’elles sont douces au toucher comme le poil d’un minon.» L’expression qui nous occupe signifie «entendre à demi-mot» ou «deviner ce que quelqu’un veut dire».

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? Crier haro sur le baudet  Comme beaucoup d’expressions, celle-ci nous vient des Fables de La Fontaine. Celle qui nous intéresse s’intitule «Les Animaux malades de la peste»: son personnage, l’âne, est bien naïf. À tel point qu’il est «jugé, par les animaux plus puissants (et serviles) que lui, responsable de tous les maux qui se sont abattus sur terre». Désormais, étudions le mot haro: il nous vient du droit normand et désigne le «cri poussé par la victime d’un flagrant délit pour faire arrêter le coupable». Ainsi, «crier haro sur le baudet» traduit le fait de rejeter la faute sur un innocent.

? Se réduire comme peau de chagrin

L’origine du «chagrin» est intéressante: le terme nous vient du turc sâgri, «un cuir grenu fait de peau d’âne, de chèvre, etc. et utilisé en reliure». Ainsi, au XVIIIe siècle, «avoir une peau de chagrin» revient à dire «avoir la peau rugueuse». En 1831 paraît le roman fantastique de Balzac, La Peau de chagrin qui raconte les aventures de Raphaël, un jeune homme ruiné et prêt à en finir. Sa rencontre avec un mystérieux antiquaire change alors le cours de son existence. Le voilà qui se retrouve avec une pièce de cuir, un talisman qui a le pouvoir de satisfaire chacune de ses demandes. Mais voilà, à chaque désir exaucé, la peau se réduit «raccourcissant en outre d’autant la vie de celui qui le possède». Ainsi, l’expression qui nous concerne s’emploie pour parler d’une chose qui diminue de plus en plus.

? Qui trop embrasse mal étreint  Jusqu’au XVIIe siècle, le verbe «embrasser» signifie «prendre par le bras». Au figuré, «vouloir entreprendre». Ainsi, l’expression n’a d’abord rien à voir avec le domaine sentimental ou même, charnel. Non, celui «qui trop embrasse mal étreint» est celui qui «entreprend trop de choses à la fois». Une signification qu’Albert Camus déforme quelque peu comme on peut le lire dans L’Envers et l’Endroit: «Mais il n’y a pas de limites pour aimer et que je m’importe de mal étreindre si je peux tout embrasser».

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