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Les savons des chambres d'hôtel ne finiront plus à la poubelle

par webmaster le 08-03-2020

Les savons des chambres d’hôtel ne finiront plus à la poubelle

Recyclage Habituellement jetés, ces produits d’hygiène souvent peu utilisés peuvent désormais être collectés et recyclés

Marie de Fournas— 


Au lieu de finir à la poubelle, ce savon peut avoir droit à une seconde existence.
Au lieu de finir à la poubelle, ce savon peut avoir droit à une seconde existence. — Radiokukka/Getty Images
  • 51 millions de savonnettes d’hôtel seraient jetées chaque année en France.
  • Devant ce gaspillage, l’association Unisoap propose à une centaine d’établissements de collecter et de recycler ces produits d’hygiène.
  • Près de 5 tonnes ont déjà été récoltées.

Pour les savons, c’est la douche froide. Quand elles ne sont pas embarquées par des clients économes, les savonnettes usagées des hôtels font partie de ces objets à usage unique qui finissent aux ordures. 51 millions seraient ainsi jetées chaque année en France estime l’association Unisoap qui a décidé de mettre un terme à leur destin tragique et pas très écoresponsable. En partenariat avec une centaine d’établissements hôteliers, elle collecte et recycle ces produits d’hygiène généralement à peine entamés.

« Chez nous, la durée du séjour est d’en moyenne 1,8 jour. Donc les savons que l’on met à disposition dans les salles de bains ne sont utilisés que trois ou quatre fois maximum », rapporte Maxime Ottogalli, directeur de l’hôtel Platine à Paris, un des partenaires d’Unisoap. L’établissement ne compte que 46 chambres et leurs petites savonnettes rondes ne pèsent que 25 grammes. Pourtant le gérant assure que le personnel chargé du ménage en collecte près de 60 kg usagés au bout de quatre à cinq mois. « On les stocke dans un bac prévu à cet effet et quand on dépasse les 30 kg, on appelle l’association. »

Faire peau neuve

Un transporteur passe chercher le précieux butin et l’achemine ensuite en région lyonnaise dans un établissement et service d’aide par le travail (Esat) qui emploie des jeunes de 18 à 25 ans en situation de handicap. C’est ici que les savons vont faire peau neuve avant d’entamer une nouvelle vie. « Ils sont pesés, puis nettoyés à sec et à la main afin d’en enlever tous les résidus. La couche supérieure est complètement retirée », décrit Pauline Grumel, directrice d’Unisoap. Un travail long et fastidieux, mais nécessaire pour des questions d’hygiène.


Les savons sont ensuite broyés, mélangés et compactés par les machines de l’association. « On peut tout à fait les mélanger entre eux, même si ce ne sont pas les mêmes, assure Pauline Grumel, qui s’est entourée d’ingénieurs et d’experts en cosmétique pour mener à bien le projet. La seule chose qui change ce sont les fragrances, donc on a fait des tests pour savoir quels savons mélanger entre eux pour qu’ils aient un parfum agréable. » Le tout est ensuite moulé, découpé et estampillé du logo Unisoap.

Cinq tonnes déjà récoltées

Résultat : des petits pains rectangulaires de 100 grammes qui seront distribués à des associations venant en aide aux personnes défavorisées en France et à terme dans le monde entier. « Il y a 2,2 millions d’enfants qui meurent chaque année dans le monde à cause de maladies liées au manque d’hygiène », déplore Pauline Grumel. Crée en 2017, Unisoap a récolté près de cinq tonnes de savons et est désormais prête à lancer la machine. Les premiers savons recyclés seront distribués au printemps.

L’initiative semble également intéresser les établissements hôteliers de plus en plus nombreux à en être partenaires et mécènes. « Entre les chaussons, les gels douche ou les laits pour le corps, il y a tellement de gâchis avec les produits hôteliers, que le secteur, face à une clientèle de plus en plus sensible à ce genre de choses, commence doucement à évoluer », assure Maxime Ottogalli. Bientôt les gaspilleurs prendront un sacré savon.