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Les vins de Bordeaux perdent du terrain en France face à bière

par Webmaster le 11-03-2020

Les vins de Bordeaux perdent du terrain en France face à la bière

Leur commercialisation est tombée en 2019 à son plus bas niveau depuis vingt ans. Malgré leurs succès à l’exportation, ces vins s’écoulent encore à 56 % dans l’Hexagone, et ce sont souvent les plus jeunes qui optent pour une pinte.

Par Publié hier à 15h17, mis à jour à 05h23 - 10 mars 2020. Le Monde


Des bouteilles de vins de Bordeaux présentés à Vinexpo, à New York, le 2 mars.

Des bouteilles de vins de Bordeaux présentés à Vinexpo, à New York, le 2 mars. ANGELA WEISS / AFP

Les Français boivent moins de vins de Bordeaux. Et les plus jeunes optent souvent, à la place, pour une pinte de bière. « Nous avons perdu un cinquième de nos volumes en France en cinq ans », s’inquiète Bernard Farges, président du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB). Un constat d’autant plus amer, que malgré ses succès à l’exportation, le bordeaux s’écoule encore à 56 % dans les frontières hexagonales.

L’année 2019 n’a pas échappé à cette décrue. Selon les chiffres publiés mardi 10 mars par le CIVB, il s’est écoulé 130 millions de bouteilles en France, en repli net de 10 %. En valeur, la baisse est comparable (– 9 %), pour un total de 766 millions d’euros de chiffre d’affaires.

L’inquiétude de la filière viticole est d’autant plus palpable que de nombreux nuages se sont également accumulés à l’échelle internationale. Même si, en 2019, le chiffre d’affaires réalisé par les vins de Bordeaux à l’exportation est resté quasi stable, à 2 milliards d’euros.

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La tendance au ralentissement du moteur chinois, principale destination des vins girondins, a commencé à se faire sentir à la mi-2018. Elle s’est confirmée tout au long de 2019, avec des ventes en recul de 12 %, à 573 millions d’euros. M. Farges évoque comme explication la concurrence des vins chiliens et australiens, exempts de taxes. Les manifestations prodémocratiques à Hongkong ont aussi contribué à ce durcissement du marché.

Lourdes incertitudes sur la filière viticole française en 2020

En deuxième position, les Etats-Unis offraient de belles perspectives de croissance. Mais elles ont été stoppées net par la taxe Trump de 25 %, qui frappe tous les vins français depuis la mi-octobre. Fin 2019, les exportations outre-Atlantique ont chuté de 18 % en volume et de 36 % en valeur. Au total, sur l’ensemble de l’année, les ventes ont cependant progressé de 5 %, à 294 millions d’euros.

Sur la troisième marche du podium, le Royaume-Uni a résisté, avec des exportations en hausse de 15 %, à 260 millions d’euros.

Pour 2020, les taxes Trump et l’épidémie due au coronavirus font peser de lourdes incertitudes sur la filière viticole française. D’autant qu’aucune mesure de soutien, et en particulier la création d’un fonds de compensation pour réduire l’impact de la taxation, n’a été prise par le gouvernement. Le CIVB reconnaît un problème crucial de gestion des équilibres.

« Nous avons des stocks importants, mais pas pléthoriques. Ils sont importants par rapport à notre commercialisation, tombée à un plus bas niveau depuis vingt ans », explique Bernard Farges, qui affirme que des discussions sont en cours dans le vignoble pour tenter de réduire la production. D’un autre côté, les vins de Bordeaux veulent modifier leur communication pour changer d’image. L’objectif est de séduire des consommateurs désireux de boire moins et sensibles aux arguments des brasseurs artisanaux. « Nous allons montrer nos  gueules de vignerons », lance M. Farges pour mieux expliquer que la filière bordelaise, c’est aussi 5 660 viticulteurs qui font vivre leur territoire.